Paris, le 16 avril 2026 – Longtemps considérée comme une simple commodité, abondante et accessible, l’électricité s’impose aujourd’hui comme un actif stratégique, au cœur des équilibres économiques, industriels et géopolitiques européens. La crise énergétique récente a agi comme un révélateur : au-delà des tensions conjoncturelles sur les prix, elle a mis en lumière une réalité plus profonde, celle d’une dépendance critique à une énergie devenue structurante pour l’ensemble de l’économie.
Car l’électricité n’est plus un sujet sectoriel. Elle est désormais un facteur déterminant de compétitivité, un levier de souveraineté et un pilier de la transition économique du continent.
Un enjeu central pour la compétitivité industrielle
Dans un contexte de réindustrialisation européenne, la question du coût et de la stabilité de l’électricité devient centrale. Les industries électro-intensives, mais aussi l’ensemble des chaînes de valeur, sont directement exposées aux variations des prix de l’énergie. Or, l’écart croissant entre les prix européens et ceux observés dans d’autres grandes régions du monde constitue un risque réel de décrochage.
Garantir une électricité compétitive, prévisible et décarbonée n’est donc plus un objectif secondaire : c’est une condition nécessaire à la relocalisation industrielle, à l’attractivité des territoires et, in fine, à la croissance économique européenne.
Sortir d’un modèle fragile
La crise a également révélé les limites du modèle européen de formation des prix de l’électricité, historiquement indexé sur le coût marginal des centrales à gaz. Ce mécanisme, conçu dans un contexte de stabilité relative, s’est avéré inadapté face à des chocs exogènes majeurs.
Les débats actuels autour de la réforme du marché de l’électricité traduisent cette prise de conscience : il est désormais indispensable de mieux valoriser les spécificités du mix énergétique européen, en particulier les capacités de production décarbonées et pilotables, tout en assurant une protection contre la volatilité excessive.
L’enjeu est clair : redonner de la visibilité aux acteurs économiques, tout en sécurisant les investissements nécessaires à long terme.
Vers un mix énergétique pragmatique
Dans ce contexte, l’opposition entre nucléaire et énergies renouvelables apparaît de plus en plus stérile. La sécurité énergétique européenne repose sur un équilibre pragmatique entre différentes sources de production, chacune répondant à des contraintes spécifiques.
Le nucléaire offre une production stable, décarbonée et pilotable, essentielle pour garantir la continuité du système. Les énergies renouvelables, quant à elles, jouent un rôle clé dans la diversification du mix et la réduction des émissions. Mais leur développement appelle des investissements massifs dans les infrastructures de réseau, de stockage et de flexibilité.
C’est donc bien l’ensemble du système électrique qu’il convient de penser de manière intégrée.
Les infrastructures au cœur de la souveraineté
Au-delà de la production, les infrastructures énergétiques, réseaux de transport et de distribution, capacités de stockage, interconnexions, constituent le socle invisible mais essentiel de la souveraineté énergétique. Leur modernisation et leur développement sont indispensables pour accompagner l’électrification croissante de l’économie, qu’il s’agisse de l’industrie, des transports ou du numérique.
Ces actifs, souvent peu visibles, sont pourtant au cœur du fonctionnement de nos sociétés. Ils conditionnent la résilience des systèmes énergétiques et la capacité des États à faire face aux chocs.
Le rôle clé des capitaux privés
Face à l’ampleur des besoins d’investissement, estimés à plusieurs centaines de milliards d’euros, la mobilisation du capital privé apparaît comme un levier incontournable. Les acteurs financiers ont un rôle central à jouer pour financer des projets essentiels, structurants et inscrits dans le temps long.
En apportant des solutions de financement adaptées, en accompagnant des projets complexes et en contribuant à la structuration des marchés, ces investisseurs participent directement à la construction d’un système énergétique plus résilient et plus souverain.
Cet engagement se traduit notamment par des investissements ciblés, en particulier dans le cadre d’INFRAGREEN V, à travers le financement de NW Storm, acteur français de référence dans les solutions de flexibilité et de stockage permettant l’équilibrage en temps réel de l’offre et de la demande d’électricité sur le réseau, ainsi que de Swish, opérateur français spécialisé dans les infrastructures de recharge ultra‑rapide pour les flottes de poids lourds électriques, facilitant l’électrification du transport professionnel en France.
Repenser l’électricité comme un actif stratégique
L’électricité ne peut plus être appréhendée comme une simple variable d’ajustement. Elle doit être pensée comme un actif stratégique, au même titre que les infrastructures de transport, de télécommunications ou de défense.
Ce changement de paradigme implique une vision de long terme, une coordination renforcée entre acteurs publics et privés, et une capacité à concilier objectifs économiques, environnementaux et géopolitiques.
À l’heure où l’Europe cherche à affirmer son autonomie stratégique, garantir une électricité compétitive, décarbonée et sécurisée apparaît comme l’une des conditions essentielles de sa réussite.
Nicolas Rochon
Fondateur et CEO, RGREEN INVEST
Investisseur de premier plan dans le financement des infrastructures de la transition énergétique en Europe